Observations en période d’inquisition

Observations en période d’inquisition

Cela n'aura échappé à personne, les évêques de l'église cathodique accompagnés de leur classiques avatars et caciques de papier sont tous sortis de leur réserve déjà bien compromise. On y verra au moins un avantage : ils ne font même plus semblant, armés de leur morale bien-pensante seule à même de vaincre leur propre obscurantisme qu'ils transfèrent sur tout ce qui n'est pas eux. Extatiques, les voilà qui se révèlent à la lumière du bûcher de la charte de Munich autour duquel ils s'auto-consacrent détenteurs de la Vérité. Et du monde libre évidemment.

Cette clique d'irresponsables, car tel est bien l'adjectif de ceux qui ne répondent d'aucun de leur actes, non-contente d'être et d'avoir été la pourvoyeuse du FN pendant deux décennies, puis le soutien inflexible de tout ce qui pouvait lui bénéficier, et enfin l'actrice et l'alliée de tous ceux qui contribuaient à sa normalisation, de Sarkozy à Hollande en passant par Fillon ; se cabre soudain au gré d'un bref partiel et partial passage à la raison pour aller cogner dur sur tous ceux qui combattent cette gangrène au quotidien jusque dans ses fiefs, tous ceux qui sont les seuls à l'avoir fait reculer en 35 ans. Nul doute que cet épisode, qui relève du cas clinique collectif, sera étudié par l'Histoire, sauf si bien sûr ces déments ne finissent par tous nous rayer de la carte de ce monde entre temps, pétris de haine qu'ils sont aux endroits de la différence, de la cohabitation pacifique et du libertaire.

Nous noterons au passage que les mêmes ont fait une campagne infâme lors du referendum de 2005 au sujet de l'Europe. Referendum qui n'avait pas de représentant personnifié, hormis au travers de chaque française et de chaque français. Les votants du "non", majoritaires, se sont vus insultés et trainés dans la boue, puis trahis par messieurs Sarkozy et Hollande dans le silence assourdissant des mêmes démocrates qui reviennent à la charge aujourd'hui. Elle est comme ça la démocratie, elle ne s'use que quand on ne s'en sert pas et qu'on la prend pour acquise.

Mais posons-nous quelques instants sur cet entre deux tours pour le moins fascinant, tentons de sortir de l'hystérie collective qui s'est emparée de la France. La doxa, qui décrète et nomme les seuls sujets valides, nous dit qu'il y aurait deux coupables quant à la place de Le Pen au 2e tour : l'abstention et Mélenchon. Pour le premier, nous en avons parlé ici, il ne s'agit que de blah blah destiné à culpabiliser ceux qui ne soutiennent pas le système à réélection perpétuel et à les faire rentrer dans le rang d'une démocratie qui n'en a que le nom. Pour le deuxième, nous touchons là un sujet qui mériterait l'intervention de spécialistes de l'analyse comportementale, de sociologues et psychanalystes sérieux, mais faute de mieux, il est tout simplement sidérant que la manoeuvre, reprise à l'unisson par un grand nombre comme hypnotisé, ne soit pas percée à jour tellement elle est flagrante.

Comme nous l'avons vu, cette élection s'est effectuée en un seul tour. Ce que nous traversons aujourd'hui n'est pas le second, mais la campagne pour les législatives, car bien conscients que la gouvernance d'un Macron (ou d'une Le Pen d'ailleurs) serait menacée par une opposition massive, éditocrates et politicards sont repartis en guerre. Et dans celle-ci, ce n'est pas contre Le Pen qu'on lutte au corps à corps tout en faisant la leçon, ni contre un Dupont la joie, non, toute l'attention est focalisée sur le représentant de la France insoumise où même le service public va le qualifier de dictateur quant il consulte ceux qui l'ont porté (qui du coup sont placés dans le même sac à merde). Notez bien : quelqu'un qui en appelle à l'intelligence, au libre-arbitre et à la conscience de chacun, tout en précisant que Le Pen n'est pas une option, serait un dictateur. Cela n'en dit-il pas plus long sur ceux qui profèrent de telles absurdités ?

Et puis summum de la doublepensée et de l'incohérence globalisée, c'est encore ceux qui ont assimilés la France Insoumise au FN qui demandent aujourd'hui à ce que cette gauche vote contre le clan Le Pen ?! Puisque qu'il faut rendre à César, comme on dit, on soulignera à cette occasion que le service public (à partir de 38:30), encore, a donné un kit mensonger clé en main au FN pour sa campagne de second tour. Service rendu, amen.

On voit donc bien que le second tour ne recèle en vérité aucun enjeu et que Le Pen n'est absolument pas un problème pour ce système, il n'en est que la courroie de transmission. D'ailleurs, en ce moment même et alors qu'on se déchaine sur Mélenchon (la tactique du contre-feu étant éprouvée), on accueille toujours avec bienveillance le FN sur les plateaux, ne lui posant que des questions où se disputent le creux et l'inoffensif, ceci en premier lieu ... sur le service public. Concédons qu'en même temps, et au delà de sa posture abjecte, ce n'est pas comme si ce FN était soupçonné de détournement de fond et d'emplois fictifs bien plus ambitieux que monsieur Fillon. Hormis sa reconversion (involontaire) en pigiste du FN, où est-il est passé d'ailleurs depuis le 2e tour ? Si France télévisions a des informations, qu'elle n'hésite pas.

Ce faisant, Emmanuel Macron, le candidat de l'adhésion (voir ci-dessous), en guise de front républicain, se montre publiquement inflexible avec toutes les formations politiques, il n'y aura aucune négociation. Ce qui est assez comique finalement quand on regarde, à nouveau, les soutiens du même qui se revendique de l'anti-système et du renouveau politique : Jacques Attali, Alain Minc, Christine Lagarde, Bertrand Delanoë, François Bayrou, Christian Estrosi, Daniel Cohn-Bendit, Robert Hue, Bernard Kouchner, Xavier Niel, Bernard Arnault, Pierre Bergé, etc etc etc.

Bref, le jeunisme (déjà) fait président ne veut pas "les trahir en se reniant", et on le comprend. Bien que cela fonctionne pour l'un, mais pas pour les autres, sous les applaudissements.

De part les uns évoqués plus haut et les autres juste avant, ironie de l'histoire, ils pourraient emmener malgré eux (c'est à se demander) Le Pen au pouvoir à force d'excéder les plus fondus, les plus désespérés. Quoi qu'il en sera, le Capital aura gagné encore une fois avec ses outils de prédilections : la propagande, la désinformation, la manipulation, la désunion et bien entendu les affects, avec en tête la peur.

Le combat n'est pas au second tour. Pour les urnes il est désormais aux législatives, et quoi qu'il en sera il ne se fait pas tous les cinq ans, mais au quotidien, avec la raison, les bonnes volontés, le renouvellement d'idées et d'alternatives qui se construisent et se propagent chaque jour, sans gros titre, sans immédiateté, sans injonction et sans censeur. Notre monde a d'ores et déjà basculé dans une autre ère, et les inquisiteurs le savent mieux que quiconque, leurs jours sont comptés, ils sont et seront prêt à tout pour en rester les maitres, fût-ce au prix d'une le Pen, ça ne serait pas la première fois, ou de tous nous emporter avec eux.

Nous serions bien avisés de sortir du syndrome de la grenouille et d'arrêter de nous entredéchirer sur des sujets imposés, nous en serions les premiers bénéficiaires, en même temps que la richesse de vrais débats et que cette sacro-sainte démocratie. Car que dit une démocratie sur elle-même quand elle ne doit plus être questionnée ? Quand elle commet des exactions à l'encontre de journalistes ? Quand elle assigne à résidence les défenseurs du droit et des biens communs ? Quand elle bâillonne les manifestations ? Quand elle condamne les lanceurs d'alerte ? Quand elle n'a plus aucun autre horizon à donner que ceux de la peur, de la misère et du tous contre tous ? Quand elle gouverne à coup d'état d'urgence, d'ordonnances et de 49.3 ? Que dit-elle sur elle-même quand elle impose l'unanimité aux forceps ? Est-ce bien la démocratie que nous sommes sensés défendre et voire perdurer ?

Pour un peu, ce serait comme si l'ONU donnait mandat à l'Arabie saoudite pour défendre la conditions des femmes ! Personne n'en voudrait et n'y croirait ... si ?

H.

Note :
On conseillera la lecture de La fabrication du consentement : De la propagande médiatique en démocratie, par Noam Chomsky et Edward S. Herman

Précision : La quasi totalité des liens renvoient volontairement vers les médias main stream. On comprendra pourquoi.