De l’injonction à voter pour un coup d’état et contre son faire-valoir

De l’injonction à voter pour un coup d’état et contre son faire-valoir

Avec 8,6 millions de voix, dont 3,7 millions d'adhésion, nous voici revenus en phase avec le rationalisme, le capital bienheureux et la démocratie victorieuse. 72% d'une nation qui n'adhèrent pas à un candidat peuvent donc le regarder devenir leur président, car la (r)évolution© est en marche, elle l'était même à vrai dire, bien avant l'heure.

Il y a un an, le candidat de toutes les victoires n'était pas connu du grand public, mais sa sortie du gouvernement Hollande soutenue à grand renfort de flashs, caméras embarquées et d'envoyés spécieux diligentés pour cet événement majeur s'il en est, l'a porté aux nues : ce fut la folle journée de Macron parti pour amplifier la dynamique de son mouvement, créé en avril 2016.

La "dynamique", qui n'avait rien de populaire, ne sortait évidemment pas de nulle part. Membre de la promotion 2012 des young leaders de la French-American Foundation, Emmanuel Macron est soutenu par des think-tank (groupe d'influence) comme l'institut Montaigne, le Siècle ou les Gracques autour desquels gravitent des gens comme Jacques Attali, Alain Minc, Jean-Pierre Jouyet, Pierre Gattaz, Laurence Parisot, Laurent Joffrin, Serge July, Michel Field, Arlette Chabot, David Pujadas, Jean-Marie Colombani, Maurice Lévy, Pascal Bruckner, Alain Finkielkrault, Claude Béabar, Louis Gallois, Jean Peyrelevade, Edouard de Rotchild, Delphine Arnault, Serge Dassault, Philippe Jaffré, Alain juppé, Nicolas Sarkozy, Daniel Cohn Bendit, Myriam El Komri, Rachida Dati, François Hollande, Jean-Pierre Raffarin, Marisol Touraine, Michel Gaudin, Pascal Lamy, Christian Noyer, Jean-Clause Trichet ... bref tout le staff des entreprises, banques, médias, politiques (tous bords confondus) et institutions de l'anti-système.

Débute donc une non-campagne à l'élection présidentielle pour le JFK à la française (dont toute la presse, sans surprise, se défendra d'avoir voulu privilégier qui que ce soit) qui suscitera la frénésie jusqu'à l'hystérie où l'on ne peut pas ne plus croiser une seule "une" sur le prince en devenir.

Démarre ensuite une campagne présidentielle où les projecteurs sont braqués sur des primaires qu'on aurait plutôt dû qualifier de préliminaires. Les résultats tombent : D'un côté un Fillon auquel on réservait la sortie de quelques dossiers suffisamment conséquents afin qu'ils occupent la scène médiatique et brouillent tout débat de fond sur la présidentielle d'une part (ce qui n'enlève rien à la gravité des faits qui lui sont reprochés), et soit disqualifié d'autre part. De l'autre, un candidat suffisamment débonnaire en la personne de Hamon qui puisse accrocher les derniers gogos-frondeurs pour faire barrage à la gauche dite extrême, tandis que quasiment tout l'appareil du PS, comme c'est historiquement son habitude, s'empresserait de trahir ses engagement et de quitter le Titanic dont il était l'iceberg. Et pour cause.

L'échec des partis de droite et de gauche, puis la cohabitation ouverte sous Sarkozy n'y ont rien fait, bien que tous défendent un positionnement et une politique uniques, en dehors des habillages marketing requis pour le spectacle. Que pouvait-il bien rester à inventer si ce n'est le système-anti-système révolutionnaire "ni de gauche ni de droite" exempt de tout programme ? Si tout l'appareil politique au commande depuis des décades pouvait se rassembler majoritairement derrière une offre-consesus sous les traits d'un chérubin, il ne restait plus que le Front National à agiter comme depuis 35 ans pour rafler la mise.

L'épouvantail de service a par conséquent pu défiler de plateaux en éditos sans que nul ne vienne vraiment le froisser ou poser de questions qui fâchent, gagnant ainsi une visibilité juste ce qu'il faut pour attiser sa base et faire peur aux autres, au grand démenti, depuis 15 ans, cela va de soi, de ses plus grands promoteurs. La machine bien huilée, parachevée d'une averse de sondages pour les plus durs de la feuille, pouvait donc ronronner doucement en attendant les échéances.

Un accroc restait cependant. Le fantôme dans le système, qui fort d'une campagne au dynamisme jamais vu de souvenir de république française faisait une percée spectaculaire. L'humanisme, la solidarité, le sens moral, l'écologie, le bon-sens, la démocratie, la paix, l'espoir des jours heureux, bref toutes ces choses dépassées, intolérables et utopistes à l'heure des variables d'ajustement s'invitaient à la fête de manière trop bruyante, trop voyante. Le court-circuit-Hamon était bien là, certes, à grand renfort de temps de parole inversement proportionnel à ses résultats, certes, mais toute cette foule partie-prenante, tout ce monde qui se mobilisait au point d'obliger les autres candidats à mentir sur l'affluence de leur meetings en légende de leur photos-témoins habilement cadrées, c'en était trop ! Même les sondeurs n'arrivaient plus à "équilibrer" leurs chiffres ! Oui, aussi incroyable que cela puisse paraitre, il y avait un mouvement où les débats de fond avaient lieu, où la vie des gens en était le coeur, où un programme avait été co-écrit, tenez-vous bien, par des citoyens (!), dont le sommaire faisait à peu près le double du volume de la profession de fois intégrale des autres. Pire, c'était chiffré et expliqué ! Du jamais vu on vous dit. Tellement que certains ont dû rétablir la vérité et faire le rapprochement bienveillant avec l'URRS. Le bolchevik devait donc le plus souvent s'expliquer sur le fantasme des autres que sur le programme qu'il défendait, amputant ainsi d'autant ses temps de parole déjà minces au regards des autres prétendants.

Les temps de paroles s'entendent de puis le 1e février jusqu'à aujourd'hui et proviennent directement du CSA. Pour plus de clarté ils ont été arrondi au supérieur pour chaque candidat. Les temps de paroles concernent les candidats ou leur soutien. Ils ne comprennent pas les émissions ou discussions sur les candidats

Qu'à cela ne tienne, le débonnaire montra les dents et du haut de toutes ses "convictions de gauche" coula avec le paquebot pour bravement faire barrage aux délirants tanks venus d'est et d'ouest, afin de graver son nom dans les annales (si l'on peut dire) du PS en tant que traitre-violé façon gang-bang.
Les médias, aux mains de ceux cités plus haut et pas en reste, pouvaient parachever l'affaire, sans rire, en assimilant alternativement la France Insoumise à l'épouvantail Le Pen, à Cuba ou au Vénézuela, à Staline ou à Poutine, au fascisme ou au bolchevisme. Parce que oui, la guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclave, l'ignorance c'est la force !
Le destin a voulu hélas qu'à l'aube du premier tour un policier se fasse assassiner par un déficient mental, d'abord déclaré terroriste puis oublié dès le lendemain. Le Pen étant donnée à 24% dans les sondages, il ne restait plus qu'au stratège Hollande à sortir du bois pour déclarer qu'il y avait un péril en France. Le péril Mélenchon.

Tout s'est donc finalement passé comme prévu. Mais qui s'en est sorti vainqueur de ce premier tour ? Macron, Le Pen, la France, la démocratie ? La peur peut-être ? Celle du lendemain, de l'indifférence, de la différence, des autres, du terrorisme ?

Ce n'est pas le terrorisme qui tue en France, c'est le désespoir : 10 500 personnes se suicident chaque année dans le pays, entre 176 000 et 200 000 tentent de le faire.
Ce n'est pas le terrorisme qui tue en France, c'est la misère : 14 000 décès chaque année sont imputable au chômage.
Et même si c'est évidemment déjà trop, le terrorisme a tué 233 personnes depuis 2015. Nous devons retrouver la raison et le discernement.

Mais ces hécatombes, infiniment plus nombreuses que celles évoquées et globalisées depuis des siècles, ne trouvent leurs sources qu'au seul endroit du Capital. Capital qui est de toutes les guerres, qui gouverne nos vies, qui nous culpabilise tandis qu'il accapare les richesses produites, qui nous jette les uns contre les autres, qui nous dit quoi penser, comment vivre et nous dépossède de tout, jusqu'aux luttes de nos morts. Alors il est de bon ton aujourd'hui de ressusciter ceux qui se sont sacrifiés pour le droit de vote quand il s'agit d'élire ceux qui le fourvoient. Tout le piège est là, ce n'est plus une fiction, nous sommes en 1984, tous repliés sur nos télécrans pour écouter la propagande et envoyer nos tweets de la haine tandis que Big Capital, cette fameuse "main invisible", nous somme de choisir dans le non-choix, les autres alternatives ne pouvant et ne devant exister puisque l'alternative c'est lui, relayé par ses ministères de la decodex-vérité. Le visage du Capital est comme les "Je suis", interchangeable, mais le Capital c'est la guerre, le Capital c'est l'esclavage, le Capital c'est l'ignorance. Le Capital est un fascisme.

Les injonctions au vote, et pour qui, ne sont plus de mise. Il est d'ailleurs assez ironique que ceux qui les profèrent se revendiquent de la démocratie et déclarent en être les seuls représentants. Quelle que soit l'issue de ce deuxième scrutin, une seule chose est certaine : rien ne changera de ce côté là, cela fait 40 ans que Big Capital et sa doublepensée nous promet de tout transformer pour que rien ne change. Ce sera perpétuellement le pire qui entraînera le pire, toujours plus fortement. Un grand merci à Jacques Attali, proche, parrain et stratège d'Emmanuel Macron, qui ne dit pas autre chose.

On observera néanmoins qu'au delà des aboiements et des postures, un seul mouvement a concrètement fait reculer l'extrême droite, et que c'est précisément sur celui-ci que médias et inquisiteurs se déchainent en ce moment même. N'avez-vous donc rien compris ?

Pour toujours, insoumis.

H.