Ce fascisme qui vient

Depuis ce jour sinistre du 7 janvier 2015, notre pays a baigné dans la comm-union nationale, les foules se sont précipitées dans les rues, les facebookers avaient tous soudainement la même tête, Paris est devenue la capitale de l’univers, et tous les « grands » de ce monde sont venus parader sur la distance incroyable de 100 mètres dans la rue, leur laissant juste assez de temps pour les caméras et les photos de circonstance.

A cette occasion, il n’est pas inutile de rappeler la grandeur de ces gouvernants épris de liberté et pétris d’humanisme. Parmi cette belle unité (inter)nationale on peut retrouver les ministres ou les ambassadeurs d’Algérie, d’Israel, de Turquie, de Russie, de Géorgie, de Grèce, des Emirats-Arabes, de Slovénie, de Pologne, d’Arabie Saoudite, de Bulgarie, de Palestine, du Bahrain, du Royaume-Uni réputés pour saisies, destructions de documents, menaces, agressions ou emprisonnement envers le monde ou les représentants du journalisme. Quelle union sacrée, effectivement !

Photo de famille des grands noms de la liberté

marche

On ne s'en tiendra ici qu'à la liberté dite de la presse, ce qui n'enlève en rien la qualité de certains en matière d'assassinat, de génocide ou de sympathie et d'association avec des mouvements néonazis :

Le Roi Abdullah de la Jordanie, qui a condamné l’année dernière un journaliste palestinien à 15 ans de prison avec travaux forcés

Le Premier ministre de Turquie, qui emprisonne plus de journalistes que n’importe quel autre pays dans le monde

Le Premier ministre d’Israël, Netanyahu, dont l’armée a tué 7 journalistes à Gaza l’année passée (deuxième score après la Syrie)

Le Ministre des affaires étrangères d’Egypte, Shoukry, qui a emprisonné une équipe d’Al Jazeera et détenu le journaliste Shawkan pendant 500 jours

Le Ministre des affaires étrangères de Russie, Lavrov qui a emprisonné l’année dernière un journaliste pour « insulte à un employé du gouvernement »

Le Ministre des affaires étrangères d’Algérie, Lamamra, qui a détenu le journaliste Abdessami Abdelhai pendant 15 mois sans charges

Le Ministre des affaires étrangères des Emirats arabes unis qui ont en 2013 placé un journaliste égyptien de MBC en isolement pendant un mois

Le Premier ministre de Tunisie Jomaa, qui a fait emprisonné le blogger Yassine Ayan pendant 3 ans pour « diffamation de l’armée »

Les Premiers ministres de la Géorgie et de la Bulgarie, qui battent tous les deux des records d’agression et de violences contre les journalistes au cours de manifestations

La Procureur général des USA, où la police de Ferguson a récemment placé en détention des journalistes du Washington Post (Note du GS : n’oublions pas les journalistes, qui ont perdu la vie pendant la guerre du Golfe, souvent sous le feu de l’armé »e US)

Le Premier ministre Samaras de Grèce, où la police anti-émeute a battu et a blessé deux journalistes au cours d’une manifestation en juin l’année dernière

Le Secrétaire général de l’OTAN, dont on attend toujours l’explication du bombardement délibéré qui a tué 16 journalistes serbes en 1999 (Note du GS : bombardement du siège de la télévision yougoslave)

Le Président Keita du Mali, où des journalistes ont été expulsés pour avoir témoigné des atteintes aux de droits de l’homme

Le Ministre des affaires étrangères du Bahrain, 2ème plus grand geôlier des journalistes dans le monde par habitant (ils les torturent également)

Le Sheikh Mohamed Ben Hamad Ben Khalifa Al Thani du Qatar, qui a emprisonné un homme pour 15 ans pour avoir écrire le poème "Le Jasmin"

Le Président palestinien Mahmoud Abbas, qui a fait emprisonner plusieurs journalistes pour insulte en 2013

Le Premier ministre de Slovénie, Cerar qui a fait condamner un bloggeur à six mois de prison pour « diffamation » en 2013

Le Premier ministre Enda Kenny d’Irlande, où le « blasphème » est considéré comme un crime

Le Premier ministre de Pologne Kopacz, qui a fait perquisitionner un magazine pour saisir des enregistrements embarrassant pour le parti au pouvoir

Le Premier ministre Cameron du Royaume Uni, où les autorités ont détruit des données dans les ordinateurs du Guardian et ont menacé le journal de poursuites

L’Ambassadeur d’Arabie saoudite où un bloggeur a été publiquement flagellé pour « insulte à l’Islam »

 

Mais revenons sur le sujet initial. Passée la ferveur nationale, qu’en reste t-il aujourd’hui ? La plupart de cette foule immense est retournée dans l’ombre et à son quotidien. Les professionnels de la politique, les journalistes, les hommes dits de loi, eux, s'enfoncent dans une surenchère et  un amalgame effrayants quant à leur santé mentale, et épouvantables quant à ce qui vient.

Après avoir déclaré que la France est en guerre contre le terrorisme (on peut sans doute lutter contre le terrorisme, mais rentrer en guerre contre lui ?) nécessitant des mesures exceptionnelles, hélas prévisibles dès l'annonce de ce carnage, Manuel Vals fait aujourd’hui dans l’imposture « intellectuelle » en assimilant antisémitisme et anti-sionisme, tout en envisageant dans son panel de mesures, la fermeture des sites internet (soit la plupart des journaux alternatifs) jugés anti-sionistes … mais sans juge.
Au delà des carences sémantiques d’une telle association de termes, au delà du viol des fondements de notre déjà piètre république (laïque faut-il le souligner) de part cette déclaration, et au delà de ses conséquences, il y a dans ce langage et cette sophistique le révélateur d’une narrative au service de l’idéologie fondamentaliste occidentale : vider tous les mots de leur sens pour leur faire dire à peu près tout, n’importe quoi et son contraire au gré des intérêts du moment, dans le seul but de construire un plaidoyer pour sa propre cause et de bannir toute idée, interrogation ou réflexion qui n’irait pas dans son sens, et la condamner. Qu’importe le vocable, il est déconstruit, réécrit, réhabilité, réinventé, réapproprié, littéralement expurgé de tout sens commun. Dans le même ordre d'idée, révélatrice aussi, associer antisémitisme et anti-sionisme part du même principe qu’assimiler musulmans et islamistes (soit terroristes). Nous voilà donc rassurés pour la logique.
Au risque de se faire qualifier par des esprits éclairés d'anti-sioniste, pardon d'antisémite donc, il est sain de rappeler ici que quand Israël a procédé à ses dernières « opérations » en Palestine faisant des milliers de morts, sous le commandement de l’illustre Netanyahu (par ailleurs invité en France au bal des vautours de rigueur - comme quoi on peut tuer, en masse qui plus est, au nom d’une idéologie et rester très fréquentable), le gouvernement français a manifesté son soutien le plus total, et interdit toute manifestation de solidarité à la Palestine.

Notre inénarrable et infatigable BHL, qui ne rechigne pas à la tâche et aux projecteurs, n’est pas en reste non plus quand il déclare sur BFM TV que l’ennemi n’est pas l’islam, mais l’islamisme, tout en « appelant » les musulmans de France a « réagir » (rejoindre le cortège) face au massacre. De la sorte, c’est justement les associer à quelque chose qui ne les concernent pas (au sens idéologique), tout en feignant le contraire.
A t-on demandé à tous les chrétiens de Norvège de « réagir » quand Anders Behring Breivik a assassiné 77 personnes et fait 151 blessés en juillet 2011 ? Évidemment non, ce n’est pas parce que quelqu’un se revendique d’une cause ou d’une religion qu’il en est le représentant, loin s’en faut justement, c’est même la plupart du temps exactement l’inverse.
Si ces musulmans de France s’étaient massivement regroupés, on peut être à peu près sûr que cela aurait été justement récupéré pour servir cette association fallacieuse d’islam et d’islamisme. Et puis appeler une population déjà systématiquement stigmatisée à rejoindre des foules a quelque chose d’irresponsable quant on voit les dizaines d'agressions et délits perpétrés contre elle par certains hystériques élevés à bonne école, suite à l’horreur de Charlie Hebdo.

Faut-il rappeler que les principales victimes d’attentats se revendiquant de l’islam sont justement les musulmans, à plus de 90% ? Ainsi subissent-ils non pas à une double peine, mais de multiples : être la cible d’extrémistes, se faire assimiler à ces derniers, se voir stigmatiser par l’occident, endosser la douleur et le deuil des horreurs perpétrées au nom de leur croyance dévoyée et trahie, être caricaturés, humiliés ou insultés par des gogos qui n’ont pour toute notion de justice que le vide de leur culture.
Depuis 14 ans que « la chasse aux sorcières » a été décrétée au niveau mondial (la France ayant eu pour le coup une bonne longueur d’avance), avec en tête de file un illuminé de Dieu, nous en sommes arrivés aujourd’hui à une sorte de racisme mondain moralement acceptable et à l’abandon total des principes si fièrement dressés à toutes les occasions que sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Faut-il rappeler encore, alors que tout indique que nous sommes "envahis par les barbus" au milieu d'une "guerre des civilisations®" que les attentats d’appellation "islamiste" concernent 2% du total des attentats en Europe ? Faut-il rappeler enfin, que c'est l'occident qui a crée, formé et financé de toutes pièces cet ennemi invisible qu'est Al-Qaïda, que c'est encore l'occident qui ferme les yeux sur les soutiens au terrorisme qui émanent de l'Arabie Saoudite ou du Qatar sur tout le Moyen-Orient, et que c'est une fois de plus l'occident qui verse sa larme théâtrale en feignant la surprise, l’innocence et les bons sentiments ?

En parallèle à ces apôtres, nous avons aussi ceux qui n’hésitent plus à faire la chasse à tous ceux qui ne sont pas enclins à leur orthodoxie. Ainsi, Nathalie Saint-Cricq nous fait part de sa conception du journalisme à la grande messe du 13h en lançant que « c’est justement ceux qui ne sont pas « Charlie » qu’il faut repérer, ceux qui dans certains établissements scolaires ont refusés la minute de silence, ceux qui balancent sur les réseaux sociaux et ceux qui ne voient pas en quoi eh ben ce combat est le leur. Eh bien ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer (ou désintégrer peut être ? ndlr) dans la communauté nationale ». Rien de moins.

De ce courant de « pensée » nous en avons déjà les conséquences, dont l'exemple ici est édifiant à plusieurs titres :

Apologie du terrorisme : un ado poursuivi à cause d’un dessin sur Facebook

Source : Numerama

Un adolescent de 16 ans a été inculpé pour apologie du terrorisme après avoir publié un dessin 'représentant un personnage avec le journal Charlie Hebdo, touché par des balles, en l'accompagnant d'un commentaire ironique.

La situation actuelle est pour le moins paradoxale. Le week-end dernier, à la suite des terribles attentats qui ont eu lieu en plein Paris, d'importants rassemblements se sont déroulés sur tout le territoire pour dénoncer le terrorisme et rappeler à la face du monde l'attachement des Français envers les principes fondamentaux que sont la liberté d'expression et la liberté de la presse.

Mais depuis une semaine, force est de constater qu'un raidissement s'est opéré en France avec l'apparition de plusieurs dizaines d'actions en justice reposant sur le délit d'apologie du terrorisme, qui prévoit une peine maximale de 5 ans de prison ferme et 75 000 euros d'amende (ou 7 ans de prison et 100 000 euros d'amende si Internet est impliqué, car ce dernier est devenu une circonstance aggravante).

L'Associated Press a par exemple recensé en milieu de semaine 54 procédures en cours sur ce motif, avec parfois d'autres griefs retenus contre les personnes interpellées. Dans certains cas, le jugement a d'ores et déjà été rendu : quinze mois de prison ferme pour cet Ardennais, trois mois de prison ferme pour ce Toulonnais ou encore un an de prison ferme pour ce Nanterrois.

Le nombre de cas a depuis augmenté. Le Monde en recensait par exemple 70 dans un article publié quelques heures après celui de l'AP.

UN DESSIN SUR FACEBOOK

Dernièrement, c'est un jeune homme de 16 ans qui a été arrêté et placé en garde à vue. France 3 indique que l'adolescent a été présenté jeudi devant un juge pour enfants en vue de sa mise en examen pour apologie du terrorisme. De son côté, le parquet des mineurs de Nantes a demandé le lendemain son placement sous liberté préjudicielle.

Son tort ? Avoir publié sur son profil Facebook "un dessin 'représentant un personnage avec le journal Charlie Hebdo, touché par des balles, en l'accompagnant d'un commentaire 'ironique'", explique la chaîne de télévision.

LA LIBERTÉ D'EXPRESSION ET SES LIMITES

La multiplication des procédures pour apologie du terrorisme pose la question des limites de la liberté d'expression, dont la surface semble s'être réduite depuis les attentats. Une situation qui alarme plusieurs organisations non gouvernementales, comme la Ligue des Droits de l'Homme, qui craint le réflexe sécuritaire, et Amnesty International.

"La liberté d’expression ne doit pas être réservée à quelques privilégiés. L’heure n’est pas à l’ouverture de procédures inspirées par des réactions à chaud, mais plutôt à la mise en place de réponses mesurées qui protègent des vies et respectent les droits de chacun", explique l'ONG, qui craint que certaines arrestations faites sous le coup de l'émotion et de la fermeté ne violent en fait la liberté d'expression.

Car si tout le monde s'accorde à défendre la liberté d'expression lorsque celle-ci va dans le sens du vent, il ne faudrait pas oublier qu'elle s'applique aussi à des messages qui peuvent s'avérer déplaisants ou révoltants. "Si l'on ne croit pas à la liberté d’expression pour les gens qu’on méprise, on n’y croit pas du tout", explique ainsi le philosophe Noam Chomsky.

Cela veut-il dire qu'il faut rester les bras ballants ? Non, bien sûr. Certains cas méritent vraisemblablement une sanction judiciaire s'il y a matière à punir (en particulier si d'autres griefs sont mêlés à la procédure). Mais l'émotion suscitée par les attentats laisse craindre un manque de discernement général qui ne contribue pas à rendre la justice dans de bonnes conditions.

 

(en passant on remarquera que les réseaux sociaux, c’est top, quand ce n’est pas vos potes qui vous dénoncent, c’est la multinationale)

Peut-on dès lors supposer que [popover title="" title_bg_color="" content="A propos de Charlie Hebdo, combien le lisait, combien le connaissait avant ce triste jour ? Combien connaissaient les noms des victimes ? Combien savaient que ce journal était condamné à mourir ?" content_bg_color="" bordercolor="" textcolor="" trigger="hover" placement="top" class="" id=""]Charlie Hebdo[/popover] fait et faisait l’apologie du terrorisme ? Oui ? Non ? Pour quelle(s) raison(s) ? Au nom de quoi ? Pourquoi dans un cas (isolé) est-ce passible d’amende et de prison (respectivement 100 000€ et 7 ans, l’utilisation d’internet étant une circonstance aggravante, excusez du peu), et que dans l’autre (par définition public puisqu’il s’agit d’un journal) c’est la « condamnation » à un refinancement massif jamais vu et la consécration au rang de cause (inter)nationale ?
Parce qu’il y a eu des morts ? Inconcevable, l’Égypte (à laquelle faisait référence la une de Charlie Hebdo) en a dénombré plus d’un millier … à moins que les peines encourues ne soient inversement proportionnelles au nombre de victimes ? Ah Justice quand tu nous tiens !
Mais tout ceci n'a aucune importance, aucune question ne sera posée, surtout pas, tout comme ne seront jamais abordées les sources réalistes (et les remèdes envisageables) du drame de ce 7 janvier. Le 11 janvier n'est qu'une récupération politique née d'un mouvement initial spontané - respectable et heureux au demeurant, tué dans l’œuf et instrumentalisé afin de servir encore le même monstre qu'est l’occident et qui se retourne toujours, d'une manière ou d'une autre, contre ses peuples, et belle ironie, grâce à eux. En témoigne ici le glissement d'un élan pour la liberté reconverti en attaque contre celle-ci, où le bloc-système décrète de quoi l'on peut rire, qui l'on peut critiquer, de quelle manière, quand et où, et pourchasse ceux qui ne se plieraient pas. Cette notion de la liberté porte un nom, et c'est à son endroit où résident tous les dangers.

Ce phénomène d’inversion systématique, de disproportion, de réécriture, entrainant toujours plus de lois liberticides et de répressions internes (sans oublier la fabrique de la misère, des frustrations, du désespoir) et davantage de guerres externes au nom d'une réalité fantasmée, court depuis de nombreuses années maintenant, mais s’accélère « aujourd’hui » de manière notoire, incontrôlable et effrayante. Comment se fait-il que des gens puissent croire encore que Saddam Hussein était lié à Al-Qaïda ? Comment se fait-il que la majorité de la planète pensent encore qu'il n'y avait que deux tours qui soient tombées un 11 septembre ? Comment se fait-il que l'ex-URSS soit devenu un détail de l'histoire dans la victoire contre le régime nazi ? Comment se fait-il qu'Hugo Chavez soit dépeint comme un dictateur ?  Comment se fait-il que Petro Porochenko soit décrit comme un ami de la démocratie ? Comment se fait-il que la France qui a refusé son entrée dans "l'Europe" y soit présente ? Comment se fait-il que « le monde libre® » ait fait 1 000 000 (1 million) de morts civils au nom de la démocratie en Irak lors de son "opération humanitaire" ? Comment se fait-il que les lanceurs d'alerte ne soient jamais protégés par l'occident (qui préfère les qualifier de terroristes) ? Les exemples sont partout et permanents. Et pour les voir, il suffit simplement d'éteindre la télévision, de fermer les journaux de la presse-système et de s'instruire là ou la liberté de la presse existe encore. Pour penser sérieusement qu'un média appartenant à des couleurs de béton ou des marchands d'armes puisse éclairer en quoi que ce soit le monde, il faut être soit déjà sérieusement intoxiqué, soit un de ses sbires. Défendre la liberté de la presse est une belle idée, mais encore faut-il savoir où elle se trouve, et sinon la chercher. Quant un organisme d'information participe, de concert avec le gouvernement, à l'hystérie collective et n'est plus qu'un relai de propagande, sans jamais se remettre en question, sans jamais aborder des sujets de fond, et que de surcroit il nous somme de penser de telle ou telle manière sans quoi il nous traquera, cela devient une drôle d'entité, et pas des moindres.

C’est bien le fascisme qui vient, d’où que l’on regarde, et non là où on nous le montre. Mais ici, plus grand monde pour descendre dans la rue, car on n’interroge pas impunément le système dans lequel on vit, et puis ce serait être tout au mieux [popover title="Complotisme :" title_bg_color="" content="Réflexe langagier de la non-pensée qui comporte au moins trois erreurs. La première étant de voir des complots partout, la deuxième de n’en voir nulle part, et enfin la troisième étant de croire qu’un seul mot pourrait servir d’argument valide et construit." content_bg_color="" bordercolor="" textcolor="" trigger="hover" placement="top" class="" id=""]complotiste[/popover] que de voir un quelconque mal en marche dit-on, tandis que chacun s’auto-censure ou regarde ailleurs. En toute liberté !

MadMarx

 

Bonus

Pour l'occasion, on peut lire ou relire la nouvelle de Franck Pavloff, Matin Brun, belle illustration du syndrome de la grenouille.

 

Pour aller plus loin

Documentaire | La stratégie du choc

D'après l'essai socio-politique du même nom de Naomi Klein, publié en 2007

 

Révisionisme | Le jour où l'Ukraine a libéré Auschwitz

par Jacques Sapir / Source : RussEurope

Scandale.

Le gouvernement polonais veut donc organiser le 27 janvier la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz sans inviter Vladimir Poutine. C’est son droit. Il vaut commémorer cela avec le gouvernement ukrainien, sans doute en mémoire des deux à trois mille volontaires ukrainiens qui aidèrent les nazis sur ce seul site (et bien plus ailleurs). C’est son droit. Mais qu’il assume alors l’énormité de son acte. Nous savons bien que ce n’est pas le peuple polonais qui s’exprime par la bouche de ce gouvernement. Qu’il ne le camoufle pas sous des prétextes divers.

La justification présentée par le ministre polonais des affaires étrangères est stupéfiante mais aussi très révélatrice. Il prétend qu’Auschwitz aurait été libéré par « des troupes ukrainiennes ». On ne sait ce qui doit le plus retenir l’attention : l’énormité du mensonge ou l’impudence avec laquelle il fut prononcé.

Auschwitz (Osewiscim) fut libéré par des hommes de la 332ème Division d’Infanterie de l’Armée Rouge, appartenant au « 1er Front d’Ukraine ». Il faut savoir que dans l’organisation adoptée par l’Armée Rouge, un « Front » désigne un groupe d’armées charger d’opérer sur une « direction stratégique ». Le 1er Front d’Ukraine était le nom du groupe d’armées qui avait combattu en Ukraine et qui, de là, remontait vers la Pologne. Ce n’était nullement une désignation « ethnique ». Cela, tout historien le sait. Les survivants furent traités par des médecins soviétiques, venus en toute hâte de Léningrad, car ils avaient le savoir-faire pour traiter les personnes dénutries.

Il sait aussi que les troupes du 1er Front d’Ukraine (2ème armée de tanks, du général Bogdanov) avaient libérées le 25 juillet 1944 le camp de Maïdanek, découvrant l’horreur de l’extermination systématique et industrielle qui caractérise le nazisme. Les principaux correspondant de guerre soviétiques, Vassily Grossman (auteur de « vie et destin), Konstantin Simonov (auteur de « Les Vivants et les Morts»), Boris Gorbatov et Evgeni Kryler se rendirent les lieux. Leurs articles firent la une des quotidiens soviétiques. Mais, il fallut attendre avril 1945, que les anglo-américains découvrent à leur tour Bergen-Belsen et les camps situés à l’ouest, pour qu’on leur accorde un quelconque crédit. Simonov témoignera devant la commission d’enquête russo-polonaise[1].

Rien ne justifie les mensonges du gouvernement polonais.

Mais, sa complicité avec le gouvernement de Kiev, au sein duquel on trouve, hélas, les descendants idéologiques des ukrainiens qui se sont associés aux Nazis l’explique.

L’ensemble des dirigeants de l’Europe devrait le dire haut et fort et refuser de participer à ce qui n’est plus une commémoration mais une mascarade. Si François Hollande se rend à Auschwitz, dans ces conditions, qu'il sache qu'il salit alors son nom et celui de la France.

Note : [1] Simonov K., Maïdanek - un camp d’extermination, suivi du Compte rendu de la commission d’enquête polono-soviétique, Éditions Sociales, Paris, 1948.

 

Opinion | Il faut sanctionner la Russie !

par Neil Clark / Source : Les-crises.fr

Il faut sanctionner la Russie !

Israël bombarde une école de l’ONU à Gaza tuant 15 personnes. C’est la sixième fois qu’une école de l’ONU est frappée. « Des enfants, des femmes et des hommes ont été tués ou blessés pendant qu’ils dormaient dans un lieu où ils auraient du être en sécurité. Ce n’était pas le cas. C’est inacceptable », a déclaré Pierre Krahenbuhl, Commissaire Général de l’UNRWA (L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient). Mais surtout(au total), environ 1 400 personnes ont été tuées dans Gaza par les forces israéliennes avec des missiles et du matériel militaire fournis par les États-Unis. À la suite de la dernière attaque contre l’école des Nations Unies, l’annonce a été faite que les Etats Unis enverront d’avantage de munitions à Israël. Conclusion : « Il faut sanctionner la Russie ! »

Plus de 1 000 personnes ont été tuées dans l’Est de l’Ukraine, et près de 3 500 ont été blessées depuis la brutale offensive militaire commencée en Avril par le gouvernement ukrainien et soutenue par les Etats-Unis. Près de 100 000 personnes ont été déplacées de force. Dimanche, au moins 13 civils ont été tués par un bombardement ukrainien, dont une petite fille âgée d’un an, tuée devant ses parents.
Qu’est ce que nous entendons ? « Il faut sanctionner la Russie ! »

Les États-Unis et l’Union Européenne ont approuvé le coup d’État contre un président et un gouvernement élus démocratiquement en Ukraine, à un an des élections suivantes, créant la crise actuelle dans le pays. « Il faut sanctionner la Russie ! »

Les ultra-nationalistes ont incendié La Maison des Syndicats à Odessa, tuant environ 40 personnes. Ceux qui tentaient de s’échapper ont été matraqués à coups de battes de baseball.
« Il faut sanctionner la Russie ! »

Après le coup d’état anticonstitutionnel à Kiev, amenant au pouvoir des ultra-nationalistes d’extrême droite anti-Russie, le peuple de Crimée a choisi, lors d’un référendum pacifique et démocratique, de rejoindre la Russie. « Il faut sanctionner la Russie ! »

Un avion civil s’écrase en Ukraine — le second avion de la compagnie Malaysia Airlines à s´abîmer dans des circonstances mystérieuses en quelques mois. Nous ignorons encore qui en fut responsable, voire le sort qui fut réservé au premier avion de Malaysia Airlines. « Il faut sanctionner la Russie ! »

Quatre enfants palestiniens jouent au football sur une plage de Gaza. Ils sont assassinés sous le feu israélien. « Il s’agit d’un crime lâche », dit le porte-parole du ministre de la santé de Gaza. La Russie était l’un des 29 pays ayant voté pour que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU enquête sur ces potentiels crimes de guerre. Les pays de l’Union Européenne se sont abstenus, les Etats-Unis ont voté contre. « Il faut sanctionner la Russie ! »

Depuis 2008, on estime que les frappes de drones américains sont responsables de la mort de plus de 2.400 personnes. Le Bureau for Investigative Journalism (organisation non gouvernementale britannique consacrée à la production d’articles d’investigation) affirme qu’au Pakistan seul, les frappes de drones ont tué entre 416 et 957 civils sur la période 2004-2014. Entre 168 et 202 enfants auraient été tués au Pakistan par les drones américains. « Il faut sanctionner la Russie ! »

Les États-Unis se lancent dans une guerre illégale en Irak durant laquelle plus d’un million de personnes sont mortes. La justification de cette attaque était que l’Irak possédait des armes de destruction massive, qui n’ont en fait jamais existé. Une grande partie de l’Irak est désormais dirigée par l’EIIL (État Islamique en Irak et au Levant). La Russie s’était fortement opposée à la guerre en Irak. « Il faut sanctionner la Russie ! »

La Libye : comme l’Irak, un pays détruit par une intervention militaire occidentale à laquelle la Russie n’a pas participé. À cause de l’agression occidentale, ce pays qui avait le niveau de vie le plus élevé d’ Afrique est maintenant un état en faillite. « Il faut sanctionner la Russie ! »

L‘Arabie Saoudite, alliée des États-Unis, est l’un des quelques pays dans le monde où l’homosexualité est illégale et où les personnes gays peuvent être exécutés. La Russie ne possède pas ce genre de lois, mais elle n’est pas un de ses alliés. « Il faut sanctionner la Russie ! »

Les pays occidentaux soutiennent financièrement des rebelles pour qu’ils renversent par la force le gouvernement syrien, augmentant leur contribution à chaque fois que le conflit semble sur le point de se terminer. « Il faut sanctionner la Russie ! »

Le 15 juillet, il a été annoncé que les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) créaient une banque de développement disposant de 100 milliards de dollars et un panier de devises d’une valeur de plus de 100 milliards de dollars. « Le grand lancement de la banque des BRICS a été vu comme une première étape pour casser l’omniprésence du dollar dans les échanges internationaux étant donné qu’il est soutenu par le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale (BM), deux institutions établies aux Etats-Unis et dans lesquelles les BRICS n’ont que peu d’influence » selon RT. « La banque des BRICS sera l’une des plus grandes institutions financières multilatérales de développement dans le monde » a annoncé le président Poutine.

Les élites occidentales savent que la Russie renaissante freine leur ambition d’atteindre une hégémonie totale sur le monde, et que les BRICS et leur Nouvelle Banque de Développement constituent une menace pour leur puissance économique. La Russie « se met en travers de leur chemin » dans d’autres domaines également. Les néo-conservateurs et la fausse gauche occidentale pro-israélienne souhaitaient la guerre contre la Syrie l’été dernier pour renverser son gouvernement et briser l’alliance entre la Syrie, le Hezbollah et l’Iran – un objectif stratégique à long terme d’Israël. La Russie, ainsi que l’opinion publique des pays occidentaux, ont contribué à empêcher cette guerre et à la grande frustration du Groupe de pression pour la Guerre Permanente, le gouvernement syrien est toujours au pouvoir. En un mot, la Russie doit être affaiblie, et rapidement. « Il faut sanctionner la Russie ! »

Note : Neil Clark est journaliste, écrivain et animateur. Son blog , déjà récompensé, se trouve à l’adresse www.neilclark66.blogspot.com . Vous pouvez le suivre sur Twitter

 

C'est arrivé près de chez vous | Brisons le silence sur ce qui se passe en Espagne

par Astrid Menasanch Tobieson // Source : Rue 89

Sous couvert de l’inattaquable excuse de la sécurité, le gouvernement de Mariano Rajoy considère préventivement le manifestant comme dangereux. Il est ainsi automatiquement regardé comme une menace à la loi grâce au nouveau projet législatif de « Sécurité citoyenne » adopté par le conseil des ministres le 29 novembre dernier.

Metteur en scène et dramaturge, Astrid Menasanch Tobieson travaille entre la Suède et l’Espagne. Elle est membre du groupe de théâtre Sta ! Gerillan. La lettre ci-dessous était initialement adressée aux journalistes suédois et a été publiée le 19 décembre. Avec l’autorisation de l’auteure, la traductrice a pu la retranscrire en français.

Mathilde Rambourg

La lettre d’Astrid Menasanch Tobieson

Bouleversée, je vous écris sous le coup de l’indignation. L’Espagne, dans peu de temps, empruntera le chemin qui mène d’une démocratie ouverte à ce qui risque de devenir une démocratie fasciste et autoritaire.

Je vous écris après les événements qui se sont produits dans le quartier de Kärrtorp à Stockholm (où un groupe néonazi ultraviolent a attaqué une manifestation antirasciste il y a quelques jours).

Je vous écris à propos de qui se trame en Espagne. Je crois en tout cas que la Suède et l’Espagne se ressemblent en un point : l’avancée du fascisme devant l’indifférence de la société. Le 19 novembre, le gouvernement espagnol a approuvé un projet de loi dont le but est d’en finir avec les manifestations et les contestations au régime actuel. La méthode est classique : instaurer le silence grâce à la répression.

Je vous demande maintenant de l’aide, je vous demande d’informer. Le samedi 14 décembre à Madrid s’est déroulé une des 6 000 manifestations qui se sont organisées cette année en Espagne. Je le répète : une des 6 000.

Ces dernières années, le réseau de protection sociale a été ébranlé : privatisation des théâtres, tentatives de privatiser les hôpitaux, droit du travail ébranlé et transformé depuis sa base, licenciements innombrables, familles chassées de leur domicile, éducation civique suspendue dans les écoles, etc. Et afin de clore une longue liste, le vendredi 20 décembre, le gouvernement a approuvé la réforme du droit à l’avortement.

Ce que l’on a désigné comme une crise économique est, depuis le début, avant tout une crise démocratique. La couverture médiatique en Suède et en France sur la situation en Espagne a été très faible, et son analyse d’un point de vue social, inexistante.

La manifestation qui s’est tenue au pied du Congrès de Madrid le samedi 14 décembre, avait pour but de protester contre une nouvelle proposition de loi : la « ley de Seguridad Ciudadana », loi de Sécurité citoyenne.

Un groupe Facebook : 30 000 euros

Cette loi, qui contient 55 articles et punit autant d’actes différents, prévoit des amendes pour le manifestant, allant de 100 à 600 000 euros. Les infractions ?

  • Pour commencer, toutes les manifestations non-déclarées et prenant place devant le Congrès ou autre édifice appartenant à l’Etat – comme celle qui s’est déroulée samedi 14 à Madrid – seront interdites et la sanction ira jusqu’à 30 000 euros par participant. Cela sera le cas lorsque plusieurs personnes seront considérées comme un groupe.
  • L’interdiction des manifestations non-déclarées s’appliquera également aux réseaux sociaux. Se rassembler en tant que groupe sur Internet, autour d’une opinion, sera sanctionné de 30 000 euros. Créer un groupe, sur les réseaux sociaux ou dans un lieu public, autour de symboles ou de drapeaux, sera interdit : 30 000 euros d’amende.
  • Si dans une manifestation, un citoyen manifeste avec une capuche ou avec le visage couvert : 30 000 euros d’amende.
  • Refuser de décliner son identité devant un policier : 30 000 euros.
  • Empêcher un policier de remplir sa fonction : 30 000 euros, ce qui, dans la pratique, signifie que les sit-in comme ceux qui initièrent le mouvement du 15-M en Espagne [ « Les Indignés », ndlr], seront strictement interdits.
  • Déshonorer le drapeau espagnol : 30 000 euros [en France, cet acte est passible de 1 500 euros d’amende, ndlr].
  • Réaliser un dessin satirique, prenant pour sujet, par exemple, un politique, sera interdit.
  • Utiliser des pancartes critiquant la nation espagnole : 30 000 euros.
  • Filmer ou photographier un policier en service : 30 000 euros.

Et la liste n’est pas exhaustive. Dans tous les cas, le témoignage d’un policier ou d’un agent de sécurité sera suffisant pour infliger une amende au citoyen.

D’aucuns peuvent par conséquent se demander : l’Espagne fait-elle face à un mouvement de manifestations violentes ? Eh bien non. Le chef de la police Ignacio Casido a déclaré que ces 6 000 manifestations sont jusqu’à ce jour le mouvement le plus pacifique de l’histoire de l’Espagne.

Il n’y a pas si longtemps, l’Espagne était encore une dictature. Il n’y a pas si longtemps non plus que la guerre civile a eu lieu. Tous les débats sont politiques. Informer d’un événement est un acte politique. Ne pas le faire est un acte politique. Le silence est, au plus haut point, un acte politique. Le choix de garder le silence se fige dans la mémoire des générations. Cette loi néofasciste qui va être votée n’est pas sans lien avec la montée des fascismes en Europe. Cela nous concerne tous.

Je m’adresse à tous les journalistes, aux éditorialistes en France. Vous qui détenez l’espace médiatique. Je vous demande sincèrement de briser le silence vis-à-vis du régime qui est en train de s’imposer en Espagne.

Je vous demande de commencer à informer. Je vous demande de soutenir la liberté d’expression avec vos articles et vos apports au débat, je vous demande d’y apporter des analyses rigoureuses et profondes. Informez ! Informez sur tout !

 

Analyse | Le retour de la guerre de George Orwell et Big Brother en Palestine ; l’Ukraine et la Vérité

par John Pilger / Traduction : Nicolas CASAUX du 4eme Singe / Source : Le grand soir

L’autre soir, je suis allé voir une interprétation de 1984, de George Orwell, dans un théâtre de Londres. Bien qu’une mise à jour contemporaine eut été intéressante, l’avertissement d’Orwell n’y fut présent que sous la forme d’un exercice de style : distant, pas le moins du monde menaçant, quasiment rassurant. Comme si Edward Snowden n’avait rien révélé, que Big Brother n’était pas devenu un espion numérique, et qu’Orwell lui-même n’avait jamais dit : « Pour être corrompu par le totalitarisme, nul besoin de vivre dans un pays totalitaire ».

Encensé par les critiques, cette production talentueuse était à la mesure culturelle et politique de notre époque. Quand les lumières se sont rallumées, les gens étaient déjà en train de sortir. Ils ne semblaient pas avoir été touchés, ou peut-être que d’autres distractions les attendaient. « Quelle prise de tête ! », s’est exclamée une jeune demoiselle, en allumant son téléphone.

A mesure que les sociétés avancées se dépolitisent, les changements sont à la fois subtils et spectaculaires. Dans les discours quotidiens, le langage politique est une inversion, comme Orwell l’avait prédit dans 1984. « Démocratie » n’est plus qu’un outil de rhétorique. « La Paix » c’est en réalité un état de guerre perpétuelle. « Global » signifie impérialiste. Le concept de « réforme », autrefois porteur d’espoir, signifie aujourd’hui régression, voire destruction. « Austérité » signifie le passage au capitalisme extrême pour les pauvres et au socialisme pour les riches : un système ingénieux où la majorité travaille à rembourser des dettes, au profit de la minorité.

Dans les arts, l’hostilité vis-à-vis des vérités politiques est un article de la foi bourgeoise. « La période rouge de Picasso », titrait un journal, « et pourquoi la politique et l’art ne font pas bon ménage ». Imaginez cela dans un journal qui aurait fait la promotion du bain de sang de l’Irak en tant que croisade libérale. L’opposition au fascisme qui a marqué la vie de Picasso n’est plus qu’un détail, comme le radicalisme d’Orwell qui s’est détaché de son nom.

Il y a quelques années, Terry Eagleton, alors professeur de littérature anglaise à l’université de Manchester, admit que « pour la première fois depuis deux siècles, il n’y a pas d’éminent poète britannique, de metteur en scène, ou de romancier prêt à remettre en cause les fondamentaux du style de vie occidental ». Aucun Shelley ne parle pour les pauvres, pas de Blake pour défendre les rêves des utopistes, ni de Byron pour maudire la corruption et la classe dominante, et pas de Thomas Carlyle ni de John Ruskin pour révéler le désastre moral qu’est le capitalisme. William Morris, Oscar Wilde, HG Wells, George Bernard Shaw n’ont aucun équivalent aujourd’hui. Harold Pinter fut le dernier à s’insurger. Parmi les voix du “consumé-féminisme”, aucune ne fait écho à celle de Virginia Woolf, qui décrivait “les arts de domination des autres peuples… de régner, de tuer, d’acquérir la terre et le capital”.

Au théâtre national, une nouvelle pièce, « Grande-Bretagne », satirise le scandale des écoutes téléphoniques, qui aura fait juger et condamner des journalistes, dont un ancien éditeur du « News of the World » de Rupert Murdoch. Décrite comme une « farce avec des crocs qui soumet l’ensemble de la culture médiatique incestueuse au ridicule impitoyable », les cibles de la pièce sont les personnalités « heureusement très drôles » de la presse tabloïd britannique. C’est bien bon, et si familier. Mais qu’en est-il des médias non-tabloïd qui se considèrent eux-mêmes comme crédibles et réputés, et pourtant jouent le rôle parallèle de bras armé du pouvoir de l’état et du capital, en promouvant et en soutenant les guerres illégales ?

L’enquête Leveson sur les écoutes téléphoniques a légèrement laissé entrevoir ce phénomène. Tony Blair énonçait des preuves, se plaignant auprès de monsieur le juge du harcèlement des tabloïds sur sa femme, quand il fut interrompu par une voix qui s’éleva du public. David Lawley-Wakelin, un réalisateur, demandait l’arrestation de Blair et son jugement pour crimes de guerre. Il y eut un long silence : le choc de la vérité. Lord Leveson se leva, ordonna l’expulsion de celui qui osait dire la vérité, et s’excusa auprès du criminel de guerre. Lawley-Wakelin fut condamné, pas Tony Blair.

Les complices aguerris de Tony Blair sont plus respectables que les hackers de téléphone. Quand le présentateur de la BBC, Kirsty Wark, le reçu pour le 10ème anniversaire de l’invasion de l’Irak, elle lui offrit un moment dont il ne pouvait que rêver ; elle lui permit d’agoniser sur sa décision “difficile” sur l’Irak au lieu de lui rappeler ses crimes. Ceci rappelle la procession de journalistes de la BBC qui en 2003 déclaraient tous que Blair pouvait se sentir “justifié”, et la série qui s’ensuivit sur la BBC, “Les années Blair”, pour laquelle David Aaronovitch fut choisi comme écrivain, présentateur, et interviewer. Un serviteur de Murdoch qui fit cempagne pour la guerre en Irak, en Lybie, et en Syrie.

Depuis l’invasion de l’Irak – l’exemple d’un acte d’agression non-provoquée, ce que le procureur de Nuremberg Jackson qualifiait de “crime international suprême qui diffère des autres crimes de guerre en ce qu’il les contient tous” – Blair et son porte-parole et principal complice, Alastair Campbell, ont eu droit à pas mal de place dans le Guardian afin de réhabiliter leurs réputations. Décrit comme une étoile du Labour Party, Campbell a voulu s’attirer la sympathie des lecteurs en prétextant une dépression, et a montré son intérêt, à l’instar de Blair, bien que cela ne soit pas son assignement actuel comme conseiller, pour la tyrannie militaire Egyptienne.

Alors que l’Irak est démembré suite à l’invasion de Blair et Bush, un titre du Guardian énonce : "Renverser Saddam était juste, mais nous nous sommes retirés trop tôt". Ceci dans un article phare du 13 juin écrit par un ancien fonctionnaire de Blair, john McTernan, qui a aussi travaillé pour le dictateur Irakien installé par la CIA, Iyad Allawi. En appelant à répétition à l’invasion d’un pays que son ancien maître avait aidé à détruire, il ne fit jamais référence aux 700 000 morts, ni aux 4 millions de réfugiés et au tournant sectaire qui avait eu lieu dans une nation autrefois fière de sa tolérance.

Blair personnifie la corruption et la guerre”, a écrit le journaliste radical du Guardian Seumas Milne dans un article très inspiré en date du 3 juillet. Dans le milieu on appelle cela « la balance ». Le lendemain, le journal publia une pleine page de publicité pour un bombardier américain. Sur la photo menaçante du bombardier était écrit : « le F-35, Génial pour l’Angleterre ». Cette autre personnification de « corruption et de guerre » va couter aux contribuables britanniques 1,3 milliards de £, les précédents modèles de la gamme F ayant déjà servi à massacrer des gens un peu partout dans le monde en développement.

Dans un village d’Afghanistan, où vivent les plus pauvres des pauvres, j’ai filmé Orifa, s’agenouillant devant les tombes de son mari, Gual Ahmed, un tisserand, et de 7 autres membres de sa famille, dont 6 enfants, et de deux enfants qui furent tués dans la maison d’à côté. Une bombe « de précision » de 500 livres est directement venue s’exploser sur leur petite maison de boue, de pierre et de paille, laissant à la place un cratère de 50 pieds de long. Lockheed Martin, le fabricant de l’avion a le privilège de bénéficier de pages publicitaires dans le Guardian.

L’ancienne secrétaire des affaires étrangères des USA et aspirant présidente, Hillary Clinton, est récemment passé à la BBC, à l’émission « Women’s Hour », la quintessence de la respectabilité médiatique. La présentatrice, Jenni Murray, présenta Mme Clinton comme l’exemple même de la réussite féminine. Elle ne rappela pas à l’audience les propos déplacés de Mme Clinton qui prétendait que l’Afghanistan était envahi afin de libérer les femmes comme Orifa. Elle ne posa aucune question à Mme Clinton sur la campagne de terreur de son administration qui utilise des drones pour tuer femmes, hommes et enfants. Elle ne fit pas non plus mention de la menace de Mme Clinton, durant sa campagne présidentielle, d’ « éliminer » l’Iran, et rien non plus sur son soutien aux surveillances illégales, et son acharnement contre les lanceurs d’alertes.

Murray posa une question « osée ». Mme Clinton avait-elle pardonné à Monica Lewinsky d’avoir eu une affaire avec son mari ? « Le pardon est un choix », répondit Mme Clinton, « pour moi ce fut le bon choix ». Cela nous rappelle que dans les années 90 et pendant la période secouée par le scandale « Lewinsky », le président Bill Clinton envahissait Haïti et bombardait les Balkans, l’Afrique et l’Irak. Il détruisait aussi les vies d’innombrables enfants Irakiens ; L’Unicef rapporte la mort d’un demi-million d’enfants Irakiens de moins de 5 ans, en conséquence de l’embargo mis en place par les USA et la Grande-Bretagne.

Ces enfants furent ignorés par les médias, tout comme les victimes des invasions soutenues par Hillary Clinton – l’Afghanistan, L’Irak, le Yémen, la Somalie – sont ignorés par les médias. Murray n’y fit jamais allusion. Une photo d’elle et de son invité de marque fut mise en avant sur le site de la BBC.

En politique, comme dans le journalisme et dans les arts, il semblerait que la contestation autrefois tolérée dans les médias mainstream se soit abaissée à un simple désaccord : un sous-sol métaphorique. Quand j’ai commencé ma carrière à Fleet Street en Angleterre dans les années 60, il était acceptable de critiquer fortement le pouvoir occidental. Il suffit de lire le rapport de James Cameron sur les explosions des bombes à hydrogène à l’atoll Bikini, où celui sur la guerre de Corée et sur le bombardement américain du Nord-Vietnam. La grande illusion de notre époque est ce mythe de l’ère de l’information, alors qu’en vérité nous vivons à une époque où la propagande des multinationales et du monde de l’entreprise est insidieuse, contagieuse, efficace et libérale.

Dans son essai de 1859 « De la liberté », auxquels les libéraux modernes rendent hommage, John Stuart Mill écrivait :

« Le despotisme est un mode de gouvernement légitime si l’on a affaire à des barbares, à condition que le but soit leur amélioration, et les moyens sont justifiés par l’accomplissement effectif de ce programme. »

Les « barbares » étaient de larges sections de l’humanité dont « l’obéissance implicite » était exigée.

« C’est un mythe utile et commode de croire que les libéraux sont pacifistes et les conservateurs belliqueux », écrivait l’historien Hywel Wiliams en 2001, « mais il est possible que l’impérialisme du libéralisme soit plus dangereux de par sa nature explicite : sa conviction qu’il représente une forme supérieure de vie ». Il avait en tête un discours de Tony Blair dans lequel l’ex premier ministre promettait de « remettre de l’ordre dans le monde autour de nous » selon ses propres « valeurs morales ».

Richard Falk, autorité reconnu sur la loi internationale et rapporteur spécial de l’ONU sur la Palestine, a décrit une « bien-pensance, unilatérale, un écran légal/moral avec des images positives des valeurs occidentales et de l’innocence dépeinte comme menacée, justifiant une campagne de violence politique sans restriction ». Et «  largement acceptée au point d’en devenir virtuellement incontestable. »

Favoritisme et mandature récompensent les gardiens. Sur la Radio 4 de la BBC, Razia Iqbal reçut Toni Morrison, la lauréate Afro-Américaine du prix Nobel. Morrison se demandait pourquoi les gens étaient « si énervés » contre Barack Obama, qui était pourtant « cool » et souhaitait seulement construire une « économie et un système de sécurité sociale solide ». Morrison était fière d’avoir parlé au téléphone avec son héros, qui se trouvait avoir lu un de ses livres et l’avait invité lors de sa prise de fonction.

Ni elle ni la présentatrice n’évoquèrent les 7 guerres d’Obama, dont sa campagne de terreur par drones, à cause de laquelle des familles entières, leurs secouristes et leurs proches furent assassinés. La seule chose qui semblait avoir de l’importance était qu’un homme de couleur « qui s’exprime bien » s’était élevé au plus haut échelon de l’échelle du pouvoir. Dans « Les damnés de la terre », Frantz Fanon écrivait que « la mission historique » des colonisés était de servir de « ligne de transmission » aux dirigeants et autres oppresseurs. A notre époque, l’utilisation des différences ethniques par le pouvoir occidental et ses systèmes de propagandes est perçue comme essentiel. Obama incarne parfaitement cette idée, bien que le cabinet présidentiel de George W. Bush – sa clique belliciste – ait été le cabinet le plus multiracial de l’histoire présidentielle.

Alors que la cité Irakienne de Mosul tombait aux mains des djihadistes d’ISIS, Obama fit la déclaration suivante : « Le peuple américain a beaucoup investi et sacrifié afin que les Irakiens aient l’opportunité de se choisir une meilleure destinée ». À quel point ce mensonge est-il « cool » ? À quel point s’est-il « bien exprimé » lors de son discours à l’académie militaire de West Point le 28 mai ? Lors de son discours sur « l’Etat du monde » à la cérémonie de remise des diplômes de ceux qui « vont prendre la direction des Etats-Unis » à travers le monde, Obama déclara que : « Les Etats-Unis utiliseront la force militaire, unilatéralement s’il le faut, quand nos intérêts seront menacés. L’opinion internationale compte, mais l’Amérique ne demandera jamais la permission… »

En répudiant la loi internationale et le droit de souveraineté des nations, le président américain s’octroie un droit divin basé sur la puissance de son « indispensable nation ». C’est un message d’impunité impériale familier, bien que toujours étonnant à entendre. Evoquant la montée du fascisme des années 30, Obama a dit « Je crois en l’exceptionnalité Américaine de tout mon être ». L’historien Norman Pollack écrivait « Au lieu de ceux qui marchent au pas, on substitue l’apparemment inoffensive militarisation de la culture. Et au lieu du leader grandiloquent, nous avons le réformateur manqué, qui travaille allègrement, planifie et exécute des assassinats, tout en souriant ».

En février, les USA préparaient un de leurs coups d’états contre le gouvernement élu d’Ukraine, en exploitant de véritables protestations contre la corruption à Kiev. La conseillère nationale à la sécurité d’Obama Victoria Nuland sélectionna personnellement le leader d’un « gouvernement d’intérim ». Elle le surnomma « Yats ». Le Vice-Président Joe Biden se rendit à Kiev, tout comme le directeur de la CIA John Brennan. Les troupes de choc de leur putsch étaient des fascistes Ukrainiens.

Pour la première fois depuis 1945, un parti Néo-Nazi ouvertement antisémite contrôle des secteurs clés du pouvoir étatique d’une capitale européenne. Aucun leader européen n’a condamné cette résurgence fasciste près de la frontière où l’invasion des Nazis d’Hitler couta la vie à plusieurs millions de Russes. Ils étaient soutenus par l’UPA, une armée d’insurgés Ukrainiens, responsable de massacres de juifs et de russes qu’ils appelaient « la vermine ». L’UPA est l’inspiration historique du parti actuel Svoboda et de leurs compagnons de droite. Oleh Tyahnybok, leader de Svoboda a appelé à une purge de « la mafia Mosco-Juive » et des « autres vermines », dont les gays, les féministes et tous ceux de gauche.

Depuis l’effondrement de l’Union Soviétique, les USA ont entouré la Russie de bases militaires, d’avions de guerre et de missiles nucléaires, suivant le projet d’élargissement de l’OTAN. Reniant la promesse faite au président soviétique Mikhail Gorbatchev en 1990 de na pas étendre l’OTAN « d’un centimètre vers l’Est », L’OTAN occupe militairement l’Europe de l’Est. Dans l’ancien Caucase soviétique, l’expansion de l’OTAN est le plus important chantier militaire depuis la seconde Guerre Mondiale.

Le cadeau de Washington au régime issu du coup d’état à Kiev est un plan d’action pour l’adhésion à l’OTAN. En Août, l’opération « Rapid Trident » placera les troupes américaines et britanniques à la frontière entre la Russie et L’Ukraine et l’opération « Sea Breeze » placera des navires de guerre américains en vue de ports russes. Imaginer les conséquences si ces actes de provocations, ou d’intimidations, s’effectuaient contre les Etats-Unis.

En récupérant la Crimée – que Nikita Krutchev avait illégalement détachée de la Russie en 1954 – les russes se défendent comme ils l’ont fait depuis presque un siècle. Plus de 90% de la population de la Crimée a voté pour le rattachement à la Russie. La Crimée c’est aussi la base navale de la mer noire, et sa perte signifierait la mort de la flotte Russe et un trésor pour l’OTAN. Semant la confusion au sein des parties belliqueux de Kiev et de Washington, Vladimir Putin retira les troupes russes de la frontière ukrainienne et urgea les ethnies russes de l’Est de l’Ukraine d’abandonner le séparatisme.

Suivant une logique Orwellienne, cela a été traduit à l’Ouest par « la menace Russe ». Hillary Clinton compara Poutine à Hitler. Sans ironie aucune, les commentateurs d’extrême-droite allemands firent de même. Dans les médias, les Néo-Nazis Ukrainiens ne sont plus que des « nationalistes » ou « ultra-nationalistes ». Ils ont peur que Poutine soit habilement en quête d’une solution diplomatique, et qu’il réussisse. Le 27 juin, en réponse au compromis de Poutine– sa requête devant le parlement Russe de révoquer la législation qui lui avait octroyé le pouvoir d’intervenir en faveur des ethnies russes d’Ukraine – le secrétaire d’état John Kerry publia un autre de ses ultimatums. La Russie doit « agir dans les prochaines heures, littéralement » pour mettre un terme à la révolte en Ukraine de l’Est. Nonobstant le fait que Kerry soit largement considéré comme un guignol, le propos sérieux de ces « avertissements » est de conférer le statut de paria à la Russie et de faire écran de fumée aux nouvelles de Kiev et de la guerre que mène le régime intérimaire contre son propre peuple.

Un tiers de la population Ukrainienne est Russophone et bilingue. Ils souhaitent depuis longtemps la naissance d’une fédération démocratique qui reflèterait la diversité ethnique Ukrainienne et qui serait autonome et indépendante de Moscou. La plupart ne sont ni « séparatistes » ni « rebelles » mais des citoyens qui veulent vivre en paix sur leur terre natale. Le séparatisme est une réaction à l’attaque la junte de Kiev sur ces mêmes citoyens, causant l’exode de plus de 110 000 d’entre eux (estimation de l’ONU) vers la Russie. Pour la plupart, des femmes et des enfants traumatisés.

Comme les enfants de l’embargo irakien, et les femmes et les jeunes filles « libérées » d’Afghanistan, terrorisés par les seigneurs de guerre de la CIA, ces ethnies d’Ukraine ne sont pas les bienvenus dans les médias occidentaux, leurs souffrances et les atrocités auxquelles elles sont soumises sont minimisées, ou passées sous silence. L’intensité de l’assaut mené par le régime n’est pas retransmise par les médias occidentaux mainstream. Ce n’est pas une première. En relisant le chef d’œuvre de Phillip Knightley « Première victime : le correspondant de guerre comme héros, propagandiste et faiseur de mythes », je renouvelle mon admiration pour le journaliste du Guardian Philips Price, le seul reporter occidental à être resté en Russie pendant la révolution de 1917 et à avoir rapporté la vérité sur les invasions désastreuses des alliés occidentaux. Objectif et courageux, Philips Price à lui seul dérange ce que Knightley appelle un « silence sombre » antirusse en occident.

Le 2 Mai, à Odessa, 41 ukrainiens d’origines russes furent brulés vivant dans le QG des syndicats, sous les yeux de la police qui regardait sans rien faire. Il y a de nombreuses preuves vidéo sans équivoque. Le dirigeant de droite Dmytro Yarosh a dit de ce massacre qu’il était « un jour glorieux pour l’histoire de la nation ». Dans les médias américains et britanniques, ceci fut présenté comme une « sombre tragédie » résultant d’affrontements entre « nationalistes » (Néo-Nazis) et « séparatistes » (des gens collectant des signatures pour un référendum pour une Ukraine fédérale). Le New York Times passa cela sous silence, ayant classé comme propagande russe les avertissements sur les politiques fascistes et antisémites des nouveaux clients de Washington. Le Wall Street journal a maudit les victimes – « Un incendie ukrainien mortel probablement l’œuvre des rebelles, selon le gouvernement ». Obama félicita la junte pour sa « retenue ».

Le 28 juin, le Guardian dévoua une quasi pleine-page aux déclarations du « président » du régime de Kiev, l’oligarque Petro Poroshenko. Encore une fois, la règle Orwellienne d’inversion s’appliqua. Il n’y avait pas eu de putsch ; pas de guerre contre les minorités ethniques ; les Russes étaient à blâmer pour tout. « Nous voulons moderniser mon pays » écrivit Poroshenko. « Nous voulons introduire la liberté, la démocratie et les valeurs européennes. Quelqu’un n’aime pas ça. Quelqu’un ne nous aime pas pour cela. »

A la lecture de son article, le reporter du Guardian, Luke Harding, n’a jamais questionné ces affirmations, ou mentionné les atrocités d’Odessa, les attaques aériennes et de l’artillerie du régime sur des zones résidentielles, le meurtre et le kidnapping de journalistes, les incendies des journaux d’opposition, et la menace de « libérer l’Ukraine des poussières et des parasites ». Les ennemis sont « des rebelles », des « militants », des « insurgés », des « terroristes » et des larbins du Kremlin. Allez chercher dans les archives de l’histoire les fantômes du Vietnam, du Chili, du Timor-Est, d’Afrique du Sud, d’Irak, vous remarquerez les mêmes qualificatifs. La Palestine est la pierre angulaire de cette escroquerie sans fin. Le 11 juillet, à la suite des derniers massacres à Gaza, commis par les Israéliens, équipés par les Américains – 80 personnes dont 6 enfants de la même famille – un général Israélien écrivait dans le Guardian, le titre de son article : « Une démonstration de force nécessaire ».

Dans les années 70, j’ai rencontré Leni Riefenstahl et je lui ai posé des questions sur ses films qui glorifiaient les Nazis. À l’aide de caméras révolutionnaires et de techniques d’éclairages, elle a produit une sorte de documentaire qui hypnotisa les allemands ; son film « le triomphe de la volonté » est réputé avoir scellé le destin d’Hitler. Je lui ai posé des questions sur la propagande des sociétés qui s’estimaient supérieures. Elle répliqua que « les messages » dans ses films ne dépendaient pas « d’ordres venant d’en haut » mais d’un « vide de soumission » au sein de la population germanique. « Cela inclut-il la bourgeoisie libérale et éduquée ? » ai-je demandé, « tout le monde » m’a-t-elle répondu, « et bien sur l’intelligentsia ».

John Pilger

 

Pas vu à la tv | Cette Europe qui soutien sa conception de la démocratie en Ukraine

ATTENTION, IMAGES TRÈS DURES AU BAS DE L'ARTICLE

Les puissances occidentales soutiennent un coup d’Etat en Ukraine

Les puissances occidentales – l’UE et l’administration Obama en tête – promeuvent un changement de régime en Ukraine en soutenant un coup d’État fomenté par des néo-nazis. Si cette entreprise aboutit, les conséquences s’en feront ressentir bien au-delà des frontières de l’Ukraine et des pays limitrophes.

Pour la Russie, ce coup d’Etat constituerait un véritable casus belli, dans un contexte où l’OTAN étend son bouclier antimissile en Europe centrale et adopte une doctrine de « frappe globale soudaine », en partant du principe que les Etats-Unis peuvent préempter, avec une première frappe surprise, toute riposte nucléaire de la part de la Russie et de la Chine.

Les évènements d’Ukraine constituent l’étincelle potentielle d’une guerre généralisée, pouvant conduire à un affrontement fatal à la survie de l’humanité. Lors de la Conférence internationale sur les questions de défense qui s’est tenue à Munich début février, on a assisté à un échange très vif entre le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, accusant la Russie de se livrer à une « rhétorique belliqueuse », et le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, qui lui rétorqua que le bouclier antimissile européen visait à doter l’OTAN d’une capacité de première frappe contre la Russie. Dans ses remarques informelles à Munich, comme lors de son intervention au Forum économique mondial de Davos en Suisse, la semaine précédente, Lavrov accusa également les gouvernements européens de soutenir des organisations composées de terroristes néo-nazis, engagés à mettre l’Ukraine sous contrôle de l’UE et de la Troïka afin de renforcer l’encerclement de la Russie par l’OTAN. Au regard de la situation, les déclarations de Lavrov paraissent bien modérées.

Les hooligans nazis en première ligne

Dès que le président Victor Ianoukovitch eut annoncé, le 21 novembre 2013, que l’Ukraine annulait son projet d’Accord d’association avec l’Union européenne, l’OUN-B (la mouvance ultranationaliste de Stepan Bandera composée d’anciens collaborateurs avec le régime nazi, et leurs héritiers soutenus par l’Occident), ont lancé une campagne de provocations visant non seulement à provoquer la chute du gouvernement Mykola Azarov, mais à renverser le président démocratiquement élu, Viktor Ianoukovitch.

Le « partenariat oriental » proposé par l’UE avait été initié en décembre 2008 par Carl Bildt et Radek Sikorski, les ministres des Affaires étrangères suédois et polonais, à la veille de l’affrontement militaire géorgien avec la Russie en Ossétie du sud. Cette initiative concerne six anciennes républiques soviétiques : trois dans le Caucase (Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie) et trois dans la partie orientale de l’Europe centrale (Biélorussie, Moldavie et Ukraine). L’idée n’est pas d’en faire des membres à part entière de l’UE, mais de les attirer dans son giron par de prétendus Accords d’association (AA), fondés sur un libre-échange complet et approfondi (Deep and comprehensive Free Trade Agreement).

La cible principale est l’Ukraine. S’il était signé, l’Accord d’association négocié avec ce pays entraînerait le démantèlement de son secteur industriel et mettrait fin à ses échanges commerciaux avec la Russie (qui fermerait son marché avec l’Ukraine, afin d’empêcher qu’il ne soit inondé par son intermédiaire). De plus, les acteurs du marché européen pourraient mettre la main sur ses exportations agricoles et de matières premières. L’Ukraine se verrait imposer un régime d’austérité mortifère, identique à celui auquel les pays de la Méditerranée ont été soumis en échange d’un renflouement par la Troïka.

De plus, l’Accord d’association inclut une « convergence » obligatoire dans le domaine de la sécurité et l’intégration aux systèmes de défense européens. Dans ces conditions, les accords à long terme avec la Russie pour l’accès aux ports cruciaux de la mer Noire en Crimée auraient été enterrés, concédant finalement à l’OTAN des bases avancées près de la frontière russe.

Tandis que certains rapports occidentaux prennent fait et cause pour les manifestations sur la place de l’Indépendance de Kiev (Maidan Nezalezhnesti, ou Euromaidan comme on l’appelle maintenant), les présentant comme étant, à l’origine, pacifiques, la réalité est que, dès le départ, elles incluaient des néo-nazis patentés, des hooligans d’extrême-droite issus du football et des « Afghantsi », c’est-à-dire des vétérans des guerres d’Afghanistan, de Tchétchénie et de Géorgie.

Selon le parlementaire ukrainien Oleh Tsaryov, 350 Ukrainiens sont rentrés au pays après un séjour en Syrie en janvier 2014, au sein de groupes liés à Al-Qaïda, tels que le Front al-Nosra et l’Etat islamique en Irak et au levant (EIIL). Déjà, lors du dernier week-end de novembre 2013, des émeutiers armés de cocktails molotov s’étaient emparés du bureau du maire de Kiev pour en faire leur « quartier général révolutionnaire ».

Que la vérité éclate

1

Le député Oleh Tyahnybok, leader du parti d’extrême-droite Union panukrainienne « Liberté » (Svoboda)
N.B. Je rappelle pour les plus jeunes que ce geste est “une quenelle à l’envers sans le second bras”, geste utilisé par le passé par des méchants encore plus méchants que Dieudonné

2

Catherine Ashton, au nom de l’UE, a rencontré l’opposition ukrainienne. A gauche, Oleh Tyahnybok le député du parti néo-nazi Svoboda

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Avec Stefan Fule, le Commissaire européen à l’Élargissement et à la Politique européenne de voisinage …

Le Pen, c’est assez naturel… le 3 février 2010, accord FN / Svoboda : Le Pen annonce la “collaboration” des partis, car ils ont “évidemment beaucoup de points communs, d’idéaux communs”.

Le 25 janvier 2014, vingt-neuf dirigeants d’organisations politiques et religieuses ainsi que de la société civile, dont l’ancienne candidate présidentielle et parlementaire Natalia Vitrenko, ont adressé une lettre ouverte aux Nations unies et aux dirigeants de l’UE et des Etats-Unis, blâmant le soutien occidental à la campagne néo-nazie visant à fomenter un coup d’Etat contre un gouvernement légitimé par les urnes.

Cette lettre affirme notamment : « Vous devriez comprendre qu’en soutenant cette guérilla en Ukraine, en octroyant à leurs auteurs le statut d’”activistes d’Euromaidan” participant à des actions prétendument pacifistes, vous protégez et encouragez directement des mouvements néo-nazis et néo-fascistes. (…) Aucun de ces opposants (Yatsenyuk, Klitschko et Tyahnybok) ne cache qu’il se situe dans la continuité de l’idéologie et des pratiques de l’OUN-UPA. Partout où se rendent les gens de l’Euromaidan en Ukraine, ils répandent, outre les slogans mentionnés ci-dessous, des symboles néo-nazis et racistes. »

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Et voici ce qui s'est passé ensuite, et qui continue aujourd'hui

RAPPEL : IMAGES TRÈS DURES

Odessa : Un simulacre d’incendie pour couvrir l’exécution d’un des plus atroces massacres jamais vus

Opération contre les partisans du fédéralisme : Séquestration, viol, exécution par balle, étranglement, et enfin carbonisation des corps ...

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Quotidien : Comment l'armée Ukrainienne prend soin de sa population

Inutile de mettre ici des centaines de photos sur l'horreur de ce quotidien, quelques unes suffiront à voir cette réalité.

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Mais que l'on se rassure, l'accord de libre échange entre l'UE et l'Ukraine est sauf !